Deadly Premonition

Bienvenue à Greenvale, une charmante petite bourgade forestière américaine. Découvrez ses lacs et rivières qui raviront tout amateur de pêche. Arpentez ses rues, à pied ou en voiture, à la découverte de ses commerces aux articles inédits, de ses bars et restaurants aux plats et cocktails réparateurs ou encore de son hôtel aux chambres tout confort. Respirez le grand air de ses forêts majestueuses aux senteurs boisées et au cadavre mutilé d’une jeune femme du pays. Bienvenue à Greenvale, Francis York Morgan, une charmante petite bourgade forestière américaine.

Sur fond d’enquête criminelle mystique aux fréquents dérapages surréalistes maitrisés, Deadly Premonition croise les genres et les univers pendant plus de trente cinq heures, en alternant scènes du quotidien et prémonitions burlesques, investigation fédérale et dialogues déjantés, séquences de survival-horror old-school et parties de fléchettes. Deadly Premonition, c’est aussi un télescopage culturel virtuose, où l’ont évoque, pêle-mêle, films d’horreur des 80′s, conseils de cuisine, David Lynch, histoires familiales, encéphalite et encéphalopathie, scène punk new-yorkaise des 70′s, café et cigarettes, etc.

Deadly Premonition est au jeu vidéo ce que le fanzine était au magazine dans les 80′s, une alternative nécessaire. Laissant le soin aux surproductions de faire la course à la surenchère visuelle cache-misère, le jeu choisi, petit budget aidant, d’assumer son esthétique rêche et de fignoler tout le reste : son ambiance, ses personnages, son scénario, ses petits détails, etc.

Deadly Premonition est au jeu vidéo ce que Yamatsuka Eye est à la chanson japonaise, un magma hurlant dans les yeux du joueur, dont on ne distingue plus très bien ce qui est volontaire de ce qui ne l’est pas : mixage sonore improbable, problèmes de clipping, maniabilité parfois aléatoire, actions scriptées et redondantes des quelques voitures ou figurants que l’on pourra croiser, carte qui désoriente  plutôt que ne guide, etc. Jubilatoire.

Deadly Premonition est une production comme il n’en sort que très rarement, une perle décallée de Hidetaka Suehiro (alias Swery) à ranger aux côtés du Chopper de Andrew Dominik, du Buy de James Chance & The Contortions, du Ants have Sex in your Beer de David Shrigley, si d’aventure une bibliothèque permettait de ranger les trucs non plus par support mais par état d’esprit.

Deadly Premonition (2010) de Swery, édité par Marvelous Entertainement Inc, développé par Access Games. Sorti au Japon en 2009 sous le nom de Red Seeds Profile. Sur ps3 (sauf Europe) et xbox360. www.deadlypremonition.com


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